MARAIS SALANTS DE LIXUS: LE SEL, LES OISEAUX ET LA MER, UN DESTIN COMMUN

Nichés au pied du site archéologique de Lixus, les marais salants de Larache ont failli disparaître et avec eux la riche avifaune de la basse plaine de l’oued Loukkos. Laissé à l’abandon pendant près de 10 ans, ce refuge pour oiseaux migrateurs a repris vie pour sauver la biodiversité de la région.

Constitués de nombreuses digues, de bassins de différents niveaux, de systèmes de circulation d’eau de mer et d’une végétation saline, les marais salants de Lixus constituent un véritable refuge pour un grand nombre d’espèces d’oiseaux aquatiques et d’oiseaux migrateurs.

En 2010, l’exploitation des salines cesse…

Cet arrêt de l’activité salinière a révélé l’importance et le grand rôle des marais salants en tant qu’écosystème d’hivernage et de relais de migration pour l’avifaune.

«J’ai commencé à travailler dans les salines en 1978. En 2010 quand la société qui exploitait les salines est partie, j’ai arrêté aussi. Nous savons depuis longtemps que les salines constituent un véritable refuge pour les oiseaux migrateurs, mais en 2010, quand nous sommes partis, ils sont partis avec nous», témoigne Ali Berrah, un saunier des salines de Lixus. Appelés aussi paludiers, les sauniers sont les travailleurs qui récoltent le sel dans les marais salants.

En 2014, une analyse des menaces menée par l’ONG internationale BirdLife, partenaire de l’ONG GREPOM (du groupe de recherche pour la protection des oiseaux au Maroc), a montré que les salines constituent l’un des sites critiques pour de nombreuses espèces migratrices.

«Chaque bassin a un niveau d’eau différent ce qui permet aux nombreuses espèces d’oiseaux aquatiques, grandes et petites, de se nourrir de mollusques, de crustacés et d’algues. Cela fait des marais salants, un site d’escale ou d’hivernage parfait pour les oiseaux migrateurs le long de leurs voyages, sachant que cet habitat artificiel occupe le deuxième rang (après les marais), de par le nombre d’oiseaux qu’il accueille. Celle-ci a subi une forte régression suite à l’arrêt de l’exploitation des salines, la perte est estimée à des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs», affirme Khadija Bouras, directrice exécutive du groupe de recherche pour la protection des oiseaux au Maroc (GREPOM/BIRDLIFE).

Face à ce constat, la réhabilitation des salines est apparue comme la seule solution pour freiner cette évolution et préserver la valeur écologique de l’estuaire de l’oued Loukkos.

Cet habitat est composé d’une trentaine d’espèces d’oiseaux aquatiques, parmi lesquelles une espèce d’intérêt mondial : le Goéland d’Audouin et quatre espèces rares à l’échelle nationale: la spatule blanche, le Busard saint martin, le Busard cendré et la Sterne naine.

Trois espèces se reproduisent dans cet habitat, la Glaréole à collier, le Gravelot à collier interrompu, et l’Echasse blanche. Le site compte également plusieurs d’autres espèces intéressantes comme le flamant rose.

En 2018, les salines reprennent vie…

Autrefois appelée l’or blanc, le sel a longtemps été utilisé comme monnaie d’échange et a joué un rôle central dans l’économie jusqu’au XIXe siècle. De nos jours, le marché du sel s’est effondré et sa valeur marchande reste faible.

Après avoir examiné les raisons de la fermeture des salines, il est apparu que seule la commercialisation du sel par une coopérative, qui bénéficie d’exonérations fiscales et de soutiens substantiels de la part de l’Etat, pourrait encourager cette réhabilitation.

Suite à de nombreuses études et missions de terrain de la GREPOM, en compagnie des anciens sauniers et des équipes de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) de la Province de Larache, le projet prend forme et 39 hectares des salines (dont la taille initiale est de 200 ha) sont réhabilités.

Cette réhabilitation a nécessité un investissement total de 1.056.767,61 dirhams, dont 336.767,61 dirhams financé par la BirdLife Pays-Bas (VBN), dans le cadre du programme de soutien aux activités salinières dans les pays méditerranéens, et 720.000 dirhams injecté par l’INDH de la province de Larache.

«Nous avons réussi, avec l’aide de la GREPOM et l’INDH, à réhabiliter les salines et nous équiper. Depuis deux ans, nous avons repris le travail étape par étape. Nous avons dû commencer par réaménager les digues et les bassins avant de commencer l’exploitation. Il y a encore quelques difficultés mais ça va», explique Ali Berrah.

Un sel récolté à la main et de façon artisanale…

«La réhabilitation des salines a été fondée sur la réutilisation du même schéma d’aménagement utilisé jusqu’en 2009 par la Société Chérifienne du Sel. Mais quelques variantes ont été introduites de façon à minimiser les impacts écologiques négatifs, à la fois lors des phases de travaux, d’exploitation et de démantèlement. L’exploitation du sel est assurée de manière artisanale», déclare Khadija Bouras, directrice exécutive du GREPOM.

Pour récolter le sel, l’eau de mer doit passer par différentes étapes et bassins de différents niveaux pour atteindre un niveau de salinité, par évaporation, qui permet la cristallisation du sel, et donc sa récolte.

Dans les salines de Larache, le sel est récolté à la main et sans machine, explique Ali Berrah: «une fois que l’eau est arrivé dans le dernier bassin et que son degré de salinité atteint a peu près 25%, nous raclons le sol pour séparer le sel et l’argile, qui constitue le fond du bassin. Cette opération permet aussi de laver le sel. La deuxième opération consiste à tirer le sel vers le bord du bassin avec un râteau et ensuite nous laissons le sel sécher». 

La récolte du sel s’opère uniquement pendant l’été, car l’évaporation nécessite un ensoleillement important. Durant l’hiver, les sauniers s’occupent de l’entretien des bassins et des digues.

«C’est un travail à plein temps», confie Ali Berrah. En effet, précise-t-il, «les ventes ne sont pas encore au rendez-vous, peut-être parce que nous venons de commencer, mais nous devons continuer de travailler pour préserver cet écosystème et cette profession qui fait partie de notre patrimoine». 

Ce projet est un exemple-type de développement local durable et responsable, car il a permis la réhabilitation des salines.  

D’après les données recueillies par le GREPOM, une amélioration en terme de richesses spécifiques et d’abondance de l’écosystème a été observée, mais celles-ci n’ont pas encore atteint leur état initial, celui d’avant l’abandon des salines.

Par Mehdi Heurteloup
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